Depuis l’annonce de sa candidature aux élections présidentielles, le président de la Transition, le Général Brice Clotaire Oligui Nguema, a multiplié les apparitions médiatiques.
Le lundi 24 mars 2025, il a accordé une interview à Gabon Télévisions. Le journalistes Martial Tchibinda, Marielle BIYOGOU et Doeli HOUNDY ont mené cet entretien.
Le mardi 25 mars 2025, le président a participé à une interview conjointe avec Radio France Internationale (RFI) et France 24. Les journalistes Christophe Boisbouvier de RFI et Marc Perelman de France 24 ont conduit cet entretien.
Le même jour, Brice Oligui Nguema a également été interviewé par Nidhya Paliakara pour TV5MONDE.
Cette omniprésence soulève des interrogations : s’agit-il d’une stratégie bien pensée ou d’un exercice qui, à force d’être répété, perd en efficacité ?
L’enchaînement rapide des interviews donne l’impression d’un président désireux de justifier et de légitimer son action.
Cependant, un constat s’impose : les mêmes questions reviennent et les réponses restent quasiment identiques. Si la répétition est parfois un outil efficace pour ancrer un message, elle devient problématique lorsque la prise de parole semble mécanique, dénuée de spontanéité et de profondeur.
Le ton du président, souvent perçu comme trop formel et rigide, donne une impression de discours préconstruit, manquant de nuances et d’émotions. Une prise de parole présidentielle doit incarner une vision, une direction, mais aussi une capacité d’adaptation aux attentes et aux préoccupations des citoyens. En l’état, cette répétition excessive risque de créer une lassitude auprès du public et de réduire l’impact du message.
Un autre point sensible est la tendance à aborder des dossiers encore en instruction. Dans certaines de ses interventions, le président est revenu sur des affaires judiciaires en cours, notamment celles impliquant des personnalités de l’ancien régime. Si l’objectif est de rassurer sur la transparence et l’engagement du gouvernement, cette pratique comporte des risques.
D’une part, commenter des enquêtes en cours peut donner l’impression d’une instrumentalisation de la justice, une critique déjà formulée par certains observateurs. D’autre part, cela peut exposer la présidence à des contradictions futures si l’issue des procédures ne correspond pas aux déclarations initiales. Une posture plus prudente, se limitant à rappeler le rôle des institutions judiciaires sans entrer dans le détail des affaires, aurait été plus avisée.
Pour maintenir l’impact de ses interventions, le président Oligui Nguema gagnerait à diversifier ses prises de parole. Plutôt que d’enchaîner les interviews sur les mêmes médias avec les mêmes éléments de langage, il pourrait opter pour d’autres formats :
– Des discours plus ciblés, adaptés aux enjeux nationaux et internationaux, avec des annonces concrètes et des orientations stratégiques.
– Une interaction plus directe avec la population, via des formats plus modernes comme des débats citoyens ou des sessions de questions-réponses en ligne.
– Un ton plus naturel et incarné, qui humanise la fonction et renforce la connexion avec les citoyens.
En communication politique, l’efficacité ne repose pas sur la fréquence des prises de parole, mais sur leur pertinence et leur capacité à marquer les esprits. En répétant inlassablement les mêmes réponses sans apporter de nouvelles perspectives, la communication présidentielle risque de devenir contre-productive. Il est encore temps d’ajuster le tir pour éviter que cette surmédiatisation ne se transforme en un bruit de fond inefficace.
