Interview de Mme le Ministre – EVM

EVM : Bonjour Mme le Ministre, EVM est honoré d’avoir cette interview avec vous. Nous tenons à vous féliciter pour votre récente nomination !

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH: Bonjour EVM, merci pour vos félicitations, je suis également honorée de cet échange. Je suis Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH, je suis née le 12 juin 1974 à Franceville, dans le Haut-Ogooué. Mon père était journaliste et ma mère, une femme battante qui a élevé seule ses enfants. Malheureusement, mes deux parents nous ont quittés en 2022. Ils ne sont plus là pour voir mon parcours actuel, mais leur influence reste une source d’inspiration constante pour moi.

J’ai effectué toutes mes études primaires et secondaires à Franceville, au lycée d’État de Franceville. Après l’obtention de mon baccalauréat au cours Ambouroue, j’ai poursuivi mes études à l’Université des Sciences de la Santé (USS) sur Libreville, où j’ai opté pour la filière sage-femme. Par la suite, j’ai complété ma formation par un diplôme post-universitaireen échographie obstétrique.

À la fin de mes études, j’ai été affectée à Léconi. Je n’ai pas refusé cette affectation et j’y suis restée trois ans, visitant régulièrement les villages alentour au plus près des populations. C’est durant cette période que j’ai développé une véritable passion pour le soutien aux femmes. J’ai initié plusieurs activités visant à protéger la mère et l’enfant, parcourant ainsi les onze départements du Haut-Ogooué.

Par la suite, j’ai été responsable de la salle d’accouchement à l’hôpital Amissa de Franceville, avant de devenir coordinatrice provinciale de la santé de la mère et de l’enfant. En prenant mes fonctions, j’ai constaté que le centre manquait cruellement de moyens. Il fallait le restaurer et le mettre au niveau des PMI de Libreville. J’avais besoin de personnel supplémentaire et d’un laboratoire. C’est ce besoin qui m’a poussée à suivre une formation en échographie, afin d’offrir aux femmes un meilleur suivi.

En 2014, lors des visites des structures de santé maternelle du Gabon par la coopération japonaise, j’ai été sollicitée pour rédiger un rapport sur la santé de la mère et de l’enfant dans notre pays. Ce rapport m’a valu une invitation au Japon, où j’ai été la seule femme gabonaise à participer à une formation en expertise à l’université d’Hokkaido. J’ai pu y observer les méthodes japonaises en matière de prise en charge des femmes enceintes. Au Gabon, les consultations prénatales étaient limitées à une par trimestre, ce qui entraînait un taux élevé de décès néonataux. Grâce aux recommandations issues de mon expérience au Japon, nous avons augmenté le nombre de consultations prénatales, réduisant ainsi considérablement le taux de mortalité maternelle, qui est passé de 536 décès pour 100 000 naissances en 2018 à 220 pour 100 000 en 2022. Toutefois, une récente recrudescence de ce taux nous amène à nous interroger sur les causes : problème de formation, de suivi ou de plateau technique ?

EVM : Vous avez également mené des actions dans la société civile avant d’entrer en politique. Pouvez-vous nous en parler ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH: J’ai mené plusieurs actions de sensibilisation en collaboration avec des ONG. L’ONG Ruban de Vie se consacre à la promotion de la santé préventive, tandis que Femme d’Initiative œuvre pour l’autonomisation des femmes. C’est à travers ces engagements que le monde politique s’est rapproché de moi. Après plusieurs hésitations, j’ai décidé de me lancer en politique, mais uniquement après en avoir discuté avec mon mari et obtenu son accord.

J’ai été élue maire du troisième arrondissement de Franceville, devenant ainsi la première femme à occuper ce poste. Cette fonction m’a permis d’intensifier mon engagement en faveur des femmes et des enfants. Après cinq ans de mandat, j’ai été reconduite en tant que déléguée spéciale suite au coup de libération du 30 août 2023.

EVM : Comment arrivez-vous à concilier votre vie politique et votre vie familiale ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH : Honnêtement, je ne sais pas comment j’y arrive (rires), mais ce qui est certain, c’est qu’il est essentiel d’avoir un conjoint compréhensif. Mon mari et moi avons quatre enfants : trois filles et un garçon. Son soutien a été déterminant dans mon parcours.

Je respecte profondément la parole de Dieu, et si mon mari m’avait dit non, je serais restée chez moi. Mais il m’a encouragée, et en retour, j’ai toujours veillé à son bien-être. Je prends soin de ses vêtements et cuisine ses plats préférés, notamment ceux du Haut-Ogooué. Même lorsque mes journées sont longues, je veille à maintenir ces attentions.

Quant à mes enfants, je leur ai expliqué dès le départ les raisons de mes engagements et mes déplacements. Heureusement, ils sont assez autonomes et occupés avec leurs propres activités. Dès que j’ai du temps libre, je le consacre entièrement à eux. Mon mari, passionné d’agriculture, aime travailler dans les champs, et j’essaie de l’accompagner aussi souvent que possible.

EVM : Comment avez-vous appris votre nomination ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH: J’étais assise dans mon bureau en écoutant une louange lorsque l’un de mes collaborateurs est entré pour m’annoncer la nouvelle. Je n’y croyais pas au début !

EVM : Que pouvez-vous nous dire sur le féminicide de Béatrice ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH : Ce féminicideest une tragédie qui nous bouleverse tous. Je me suis rendue sur les lieux pour présenter mes condoléances, au nom des plus hautes autorités et exprimer mon soutien à la famille éprouvée. Cet acte ignoble met en lumière l’urgence de renforcer les dispositifs de protection des femmes et de sensibiliser la société sur les violences conjugales. Il est crucial que justice soit rendue et que des mesures concrètes soient mises en place pour prévenir de tels drames. Nous devons travailler collectivement pour qu’aucune femme ne soit plus jamais victime d’un tel crime.

EVM : Quels sont vos objectifs en tant que Ministre ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH : Mon engagement repose sur trois axes majeurs : la promotion des droits des femmes, leur autonomisation économique et le bien-être des enfants. Il est essentiel d’offrir aux femmes des opportunités pour leur indépendance financière à travers des initiatives entrepreneuriales et des formations adaptées. Par ailleurs, nous devons garantir aux enfants un accès à une éducation et des soins de qualité. Chaque action menée vise à construire une société plus juste et inclusive où les femmes et les enfants pourront s’épanouir pleinement.

EVM : Un mot pour les femmes gabonaises ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH : Ayez une vision claire de votre vie et engagez-vous à apporter du bien-être autour de vous. Soyez des leaders et non des suiveuses. Un vrai leader tend la main à l’autre et l’aide à avancer.

EVM : Un dernier mot pour nos lecteurs ?

Élodie Diane FOUEFOUE epse SANDJOH : J’encourage toutes les femmes à croire en elles, à se battre pour leurs convictions et à ne jamais sous-estimer leur capacité à impacter positivement leur communauté. Avec de la détermination, du soutien familial et une organisation rigoureuse, il est possible de concilier engagement professionnel et vie personnelle.

 

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