DOSSIER SPÉCIAL — RENTRÉE 2026

Filles & sciences : et si les métiers de demain se conjuguaient aussi au féminin ?

Sciences, technologie, ingénierie, mathématiques, numérique, industrie… À l’heure de la rentrée scolaire, une question mérite toute notre attention : comment donner aux jeunes filles l’envie, les moyens et la confiance nécessaires pour investir les filières qui construiront l’économie de demain ?

Au Gabon, le sujet est loin d’être théorique. En juin 2026, la 5ᵉ édition du concours national Miss Sciences a une nouvelle fois mis en lumière l’excellence scientifique des jeunes filles gabonaises. L’UNESCO souligne que cette initiative participe à réduire les inégalités de genre dans les filières STEM, alors même que les besoins en compétences qualifiées progressent notamment dans le numérique, l’énergie, la recherche appliquée et la transition écologique.

Des filles brillantes, mais encore trop peu nombreuses dans les STEM

Les résultats scolaires ne suffisent pas toujours à déterminer les orientations professionnelles.

Une jeune fille peut exceller en mathématiques, en physique ou en informatique et pourtant ne pas envisager une carrière d’ingénieure, de développeuse, de chercheuse ou de spécialiste de l’intelligence artificielle.

Pourquoi ?

Parce que les choix d’orientation sont aussi influencés par les représentations, les stéréotypes, le manque de modèles féminins et la difficulté à se projeter dans certains métiers.

Or, lorsque les filles ne voient pas de femmes ingénieures, informaticiennes, scientifiques ou dirigeantes dans leur environnement, il peut être plus difficile pour elles d’imaginer que ces carrières sont aussi les leurs.

Le numérique change la donne

Le Gabon accélère sa transformation numérique. Digitalisation de l’enseignement, développement des infrastructures, intelligence artificielle, cybersécurité, cloud, données : les nouveaux métiers vont nécessiter des compétences scientifiques et technologiques de plus en plus importantes.

Le pays a d’ailleurs engagé en 2026 un travail sur le cadre réglementaire de la digitalisation de l’enseignement, avec l’ambition d’accompagner l’évolution de son système éducatif.

Préparer les filles à ces métiers ne peut donc plus être considéré comme une action périphérique. C’est un enjeu de développement.

UN PLAN « FILLES & MATHS » POUR AGIR CONCRÈTEMENT

L’idée d’un Plan Filles & Maths peut constituer un véritable plan d’action pour renforcer la présence des jeunes filles dans les sciences, l’ingénierie et le numérique.

L’expérience française du Plan Filles et maths montre notamment l’intérêt d’agir simultanément sur trois leviers : former et sensibiliser, rapprocher les filles des mathématiques et des sciences, puis ouvrir leurs horizons grâce aux rencontres avec des rôles modèles.

Adapté au contexte gabonais, un tel dispositif pourrait reposer sur plusieurs actions.

1. Susciter les vocations dès le collège

Il faut commencer tôt.

Des ateliers pratiques dans les établissements pourraient permettre aux jeunes filles de découvrir concrètement :

  • le développement informatique
  • l’intelligence artificielle
  • la cybersécurité
  • la data
  • les sciences de l’ingénieur
  • les technologies environnementales
  • les métiers de l’industrie
  • la recherche scientifique

L’objectif serait simple : faire découvrir avant de demander de choisir.

2. Créer un réseau de femmes modèles

Une jeune fille doit pouvoir rencontrer des femmes qui lui ressemblent et qui ont réussi.

Ingénieures, chercheuses, informaticiennes, entrepreneures, techniciennes, scientifiques, architectes, spécialistes de la data ou dirigeantes d’entreprises pourraient intervenir dans les établissements.

Pas uniquement pour parler de leur réussite, mais aussi pour raconter leurs difficultés, leurs choix, leurs doutes et leur parcours.

Parce qu’un rôle modèle ne doit pas être inaccessible. Il doit permettre de se dire :

« Si elle l’a fait, moi aussi je peux essayer. »

3. Créer des parcours de formation dédiés

L’accompagnement ne doit pas s’arrêter à la sensibilisation.

Il faut créer des passerelles entre l’école, la formation professionnelle, l’université et l’entreprise.

Des programmes de mentorat, des formations courtes, des bootcamps, des stages et des immersions en entreprise pourraient permettre aux jeunes filles de développer progressivement leurs compétences.

OBJECTIF 2028 : ACCOMPAGNER DAVANTAGE DE JEUNES FEMMES VERS LE NUMÉRIQUE

Pourquoi 2028 ?

Parce qu’une politique efficace doit être mesurable dans le temps.

L’ambition pourrait être de construire, sur trois ans, un programme national ou partenarial permettant d’accompagner davantage de jeunes filles et de jeunes femmes vers les métiers du numérique et des sciences.

Cela pourrait passer par :

  • des formations gratuites ou subventionnées ;
  • des programmes de mentorat ;
  • des stages en entreprise ;
  • des bourses ou aides à la formation ;
  • des concours d’innovation ;
  • des clubs « filles & sciences » dans les établissements ;
  • des formations aux métiers de l’IA et de la data ;
  • des partenariats entre écoles, universités et entreprises.

L’objectif n’est pas seulement d’avoir plus de femmes formées. Il est d’avoir davantage de femmes qui exercent effectivement ces métiers.

LA SEMAINE DE L’INDUSTRIE : FAIRE DÉCOUVRIR LES MÉTIERS DE L’INTÉRIEUR

La découverte concrète des métiers peut être déterminante.

À l’occasion de la Semaine de l’Industrie, des événements de proximité pourraient être organisés pour permettre aux jeunes filles de visiter des entreprises, des usines, des laboratoires, des infrastructures numériques et des centres techniques.

Une journée pourrait être imaginée autour du concept :

« Elles visitent, elles découvrent, elles osent »

Au programme :

  • visites d’entreprises industrielles
  • démonstrations scientifiques
  • ateliers numériques
  • rencontres avec des professionnelles
  • échanges avec des étudiantes
  • découverte des métiers émergents
  • mini-challenges d’innovation

L’industrie ne doit plus être présentée comme un univers abstrait. Il faut permettre aux jeunes filles de voir les métiers, de toucher les technologies et de rencontrer celles qui les exercent.

Cette démarche s’inscrit d’ailleurs dans les priorités nationales autour de la diversification économique, de la transformation locale et du développement des compétences.

ET SI LE GABON ORGANISAIT SES « ASSISES DES FEMMES DU NUMÉRIQUE » ?

Autre proposition forte : créer des Assises gabonaises des femmes du numérique.

Un rendez-vous annuel réunissant :

  • professionnelles du numérique
  • scientifiques
  • enseignantes et chercheuses
  • dirigeantes
  • étudiantes
  • entrepreneures
  • pouvoirs publics
  • entreprises technologiques
  • partenaires de formation

L’objectif serait de faire émerger des solutions concrètes autour de quatre grands axes :

INSPIRER — FORMER — CONNECTER — EMPLOYER

Il existe déjà au Gabon des initiatives qui valorisent l’excellence féminine dans le numérique, comme les DigiWomen Awards, qui visent notamment à promouvoir les femmes dans les métiers du digital et à inspirer les générations futures.

Les Assises pourraient aller plus loin en devenant un véritable espace de réflexion, de mise en réseau et de construction de programmes.

LA QUESTION N’EST PLUS : « LES FILLES SONT-ELLES FAITES POUR LES SCIENCES ? »

La question est dépassée.

Les jeunes filles gabonaises démontrent déjà leur potentiel.

La véritable question est désormais :

« Que sommes-nous prêts à mettre en place pour qu’elles puissent transformer ce potentiel en compétences, en carrières et en innovations ? »

Le Gabon aura besoin d’ingénieures, de développeuses, de chercheuses, d’expertes en cybersécurité, de spécialistes de l’IA, de techniciennes, de scientifiques et d’entrepreneures pour accompagner sa transformation.

Investir dans les filles aujourd’hui, c’est investir dans les compétences du Gabon de demain.

La rentrée scolaire peut donc être bien plus qu’un nouveau départ académique.

Elle peut être le point de départ d’une nouvelle génération de filles qui oseront choisir les sciences, le numérique et l’industrie.

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