Excision au Mali : quand la défense d’une pratique met en danger les filles

Une campagne intitulée « Oui à l’excision » suscite l’indignation au Mali et relance un débat qui ne devrait jamais être dissocié d’une question essentielle : la protection des filles et des femmes.

Alors que depuis des années des associations, des organisations internationales et des acteurs de la société civile se mobilisent pour faire reculer les mutilations génitales féminines, une campagne menée sur les réseaux sociaux vient remettre cette pratique au cœur de l’espace public malien.

Baptisée « Oui à l’excision », cette campagne affiche ouvertement son soutien à une pratique pourtant dénoncée pour ses conséquences physiques, psychologiques et sociales sur les filles et les femmes. Des visuels présentant différents hommes circulent sur les réseaux sociaux, tandis que plusieurs comptes relaient des publications favorables à l’excision.

Parmi les personnes identifiées dans cette mouvance figure Koué Diakité, internaute se présentant comme prêcheur et résidant en Espagne. À travers ses publications, ses vidéos et ses commentaires, il défend régulièrement l’idée selon laquelle l’excision trouverait une justification dans la tradition islamique.

Selon les arguments avancés sur son compte, cette pratique reposerait notamment sur certains hadiths ainsi que sur les interprétations attribuées aux grandes écoles classiques de jurisprudence sunnite. Il évoque notamment des positions différentes entre les écoles hanafite, malikite, shaféite et hanbalite.

Mais au-delà de la controverse théologique, une question fondamentale demeure : peut-on encore présenter l’excision comme une pratique anodine ou comme une obligation religieuse sans prendre en compte les conséquences concrètes qu’elle peut entraîner sur la vie des filles et des femmes ?

Entre religion, tradition et protection de l’enfant

Le débat mérite d’être mené avec rigueur. Les références religieuses invoquées par les défenseurs de l’excision ne doivent pas être sorties de leur contexte ni présentées comme faisant l’unanimité.

La jurisprudence islamique historique comporte des interprétations diverses sur cette question. Et surtout, l’existence d’une discussion ancienne entre juristes ne peut pas, à elle seule, déterminer ce qui doit être considéré aujourd’hui comme acceptable lorsqu’il s’agit de l’intégrité physique d’une enfant.

Une fille ne choisit pas l’excision. Dans de nombreux cas, elle la subit avant même d’être en âge de comprendre ce qui lui arrive.

C’est précisément là que le débat change de dimension.

Il ne s’agit plus seulement d’opposer des lectures religieuses à des positions militantes. Il s’agit de s’interroger sur le consentement, l’intégrité corporelle, la santé et la protection des mineures.

Une campagne qui interpelle

Que des adultes souhaitent débattre publiquement de religion, de tradition ou de pratiques culturelles relève du débat d’idées. Mais transformer les réseaux sociaux en espace de promotion de l’excision est une autre question.

Les campagnes de sensibilisation contre les mutilations génitales féminines ont justement cherché à déconstruire l’idée selon laquelle ces pratiques seraient nécessaires pour préserver la moralité, la féminité ou la valeur sociale d’une fille.

Voir aujourd’hui apparaître une campagne revendiquant l’inverse constitue donc un signal préoccupant.

Il est d’autant plus important que les responsables religieux, les autorités publiques, les éducateurs, les familles et les organisations de défense des droits des femmes puissent contribuer à un débat documenté, apaisé et responsable, sans instrumentaliser la religion ni banaliser les risques encourus.

Le Mali face à ses responsabilités

Le Mali, comme plusieurs pays africains confrontés à la persistance des mutilations génitales féminines, se trouve face à un enjeu majeur : protéger les filles tout en permettant un dialogue respectueux avec les communautés et les responsables religieux.

La lutte contre l’excision ne peut pas uniquement reposer sur des campagnes de communication. Elle passe également par l’éducation, l’accompagnement des familles, le dialogue avec les leaders communautaires et religieux et l’application effective des mécanismes de protection existants.

Une société ne se mesure pas seulement à sa capacité à préserver ses traditions. Elle se mesure aussi à sa capacité à faire évoluer celles qui portent atteinte à la dignité ou à l’intégrité des plus vulnérables.

Le débat doit continuer, mais pas au prix du silence des victimes

La liberté d’expression permet de défendre une opinion. Elle permet également à la société de la questionner.

Face à la campagne « Oui à l’excision », il ne s’agit donc pas de faire taire le débat, mais de poser les bonnes questions : quelle place accorde-t-on au consentement d’une enfant ? Quels sont les risques médicaux ? Quelle responsabilité les adultes ont-ils lorsqu’ils prennent une décision irréversible sur le corps d’une mineure ? Et surtout, quelle société voulons-nous construire pour les générations futures ?

L’excision ne devrait jamais être réduite à un simple affrontement entre tradition et modernité, ou entre religion et militantisme.

Derrière chaque débat théorique, il y a un corps.

Et ce corps appartient à une fille qui mérite d’être protégée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *